Pour une « BBC à la française »

Lorsque je fus (en juillet 2005) candidat à la présidence France Télévisions, j’avais fait du modèle de la télévision publique britannique BBC le thème principal de mon intervention devant le CSA. Quelques semaines avant mon audition par le CSA, je m’étais d’ailleurs rendu à la BBC pour y faire un stage. Je rappelle ce qu’est le modèle BBC : pas de pub, des programmes centrés sur l’information -et l’investigation !- et une gouvernance originale qui préserve l’indépendance de ses dirigeants. ...voir la suite

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Interview à propos du Disque de JADE

Vous avez choisi, entre autres, de passer une licence de chinois. D’où vous est venu cet amour pour la Chine ?
José Frèches : J’ai commencé des études d’histoire de l‘art à Aix-en-Provence en 1968. Par chance, une section de chinois venait d’ouvrir à la faculté des lettres. Elle était dirigée par Léon Vandermeersch, un des plus grands sinologues français. C’est ainsi que je me suis inscrit en chinois, par pure curiosité et que j’ai eu la chance d’être initié au chinois par ce très grand spécialiste…

Mais à part un petit livre dans la collection « Que sais-je », vous n’aviez jusqu’à ce jour jamais écrit sur la Chine… Comment vous êtes-vous lancé dans cette immense aventure ?
José Frèches : Lorsque j’ai été reçu au concours de conservateur des musées nationaux en 1970, je me voyais en sinologue, membre de l’Institut et directeur du musée Guimet ! Ayant bifurqué vers des fonctions plus « actives », j’ai longtemps été retenu, par pudeur, d’écrire sur la Chine, surtout des ouvrages scientifiques, considérant que je n’avais pas la légitimité pour le faire. J’ai toujours eu envie, en revanche, de faire partager ma passion pour cette civilisation extraordinaire qui se laisse, en raison de l’obstacle de la langue, si difficilement découvrir. Aussi, lorsque les circonstances firent que j’avais enfin le temps — et la disponibilité d’esprit — de me lancer dans cette aventure, je n’ai pas hésité. L’enthousiasme de Bernard Fixot a fait le reste.

Dans l’album qui accompagne le premier tome du Disque de Jade, vous dites que les lecteurs de ce roman (qui se passe au IIIe siècle av. J.-C.) ne seront pas surpris de constater, pour ceux qui ont eu – ou auront – la chance de se rendre en Chine, que rien n’a changé ou presque au XXIe siècle dans la mentalité des Chinois… Expliquez-nous…
José Frèches : La Chine est une grande civilisation immobile, même si elle bouge et s’ouvre de plus en plus à l’Occident. Dans les rapports entre l’homme et la nature, l’amour, la mort, le destin, dans ce respect infini du passé et cette conscience que la Chine, Empire du Milieu, est au centre du monde, de fait, rien n’a changé. On est frappé, en lisant les textes anciens, par la permanence des formules, des comportements et des attitudes, pour ne pas parler des superstitions, qui perdurent aujourd’hui. Dans un pays qui a subi le choc du communisme, c’est proprement fascinant.

 

Qu’est-ce qu’un « disque de jade » ?
José Frèches : On appelle « Bi » les disques de jade troués en leur centre, qui sont, en fait, la représentation symbolique de l’Univers. Les plus anciens Bi remontent à 2000 ans avant Jésus-Christ… Le jade étant, de surcroît, la pierre de l‘immortalité, les Bi rituels sont considérés, en Chine, comme des sortes de reliques précieuses.

Parlez-nous de cette obsession de l’immortalité qui hante plusieurs des principaux personnages…
José Frèches : Le rêve de tout Chinois, à cette époque, était de « vivre dix mille ans de plus… », soit de devenir immortel. Cette recherche de l’immortalité, qui est aussi une volonté d’aboutir à la fusion totale entre le corps humain et la nature, est un des fondements du taoïsme, la religion la plus caractéristique de la mentalité chinoise, une religion primitive extraordinaire où la magie et les pratiques ésotériques ont toute leur place. Un roi pouvait donc être, par exemple, à la fois un tyran implacable et pragmatique, ne croyant qu’à la force des armes, et s’adonner à des pratiques ésotériques, et à la prise de remèdes censés prolonger la vie, tel un petit garçon attentif aux contes de fées…

Dans cette grande fresque à la fois romanesque et historique, les femmes ont un rôle réellement important : est-ce du roman ou de l’histoire ?
José Frèches : Il ne faut pas oublier que tout repose, en Chine, sur l’équilibre entre le Yin et le Yang, soit entre le principe mâle et le principe femelle. Nulle part, sans doute, les valeurs féminines n’ont donc été à ce point exaltées comme dans la civilisation chinoise, dès les origines. En accordant dans ce roman une place aussi centrale aux femmes, je n’ai fait que transposer cette incontournable donnée dans cette histoire.

Simon Leys a écrit : « Pour moi, la Chine, c’est un choix de vie et non pas une profession. » Et pour vous ?
José Frèches : Pour moi c’est une passion, et aussi la découverte que, derrière des différences culturelles aussi essentielles que, par exemple, la notion même du temps, l’âme humaine reste la même, traversant le temps et l’espace. De ce point de vue, les personnages du Disque de Jade paraîtront à ses lecteurs, à juste titre, finalement très proches de nous.