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Vous avez choisi, entre autres,
de passer une licence de chinois. D’où vous est
venu cet amour pour la Chine ?
José Frèches : J’ai commencé des
études d’histoire de l‘art à Aix-en-Provence
en 1968. Par chance, une section de chinois venait d’ouvrir
à la faculté des lettres. Elle était
dirigée par Léon Vandermeersch, un des plus
grands sinologues français. C’est ainsi que je
me suis inscrit en chinois, par pure curiosité et que
j’ai eu la chance d’être initié au
chinois par ce très grand spécialiste…
Mais
à part un petit livre dans la collection « Que
sais-je », vous n’aviez jusqu’à ce
jour jamais écrit sur la Chine… Comment vous
êtes-vous lancé dans cette immense aventure ?
José Frèches : Lorsque j’ai été
reçu au concours de conservateur des musées
nationaux en 1970, je me voyais en sinologue, membre de l’Institut
et directeur du musée Guimet ! Ayant bifurqué
vers des fonctions plus « actives », j’ai
longtemps été retenu, par pudeur, d’écrire
sur la Chine, surtout des ouvrages scientifiques, considérant
que je n’avais pas la légitimité pour
le faire. J’ai toujours eu envie, en revanche, de faire
partager ma passion pour cette civilisation extraordinaire
qui se laisse, en raison de l’obstacle de la langue,
si difficilement découvrir. Aussi, lorsque les circonstances
firent que j’avais enfin le temps — et la disponibilité
d’esprit — de me lancer dans cette aventure, je
n’ai pas hésité. L’enthousiasme
de Bernard Fixot a fait le reste.
Dans
l’album qui accompagne le premier tome du Disque de
Jade, vous dites que les lecteurs de ce roman (qui se passe
au IIIe siècle av. J.-C.) ne seront pas surpris de
constater, pour ceux qui ont eu – ou auront –
la chance de se rendre en Chine, que rien n’a changé
ou presque au XXIe siècle dans la mentalité
des Chinois… Expliquez-nous…
José Frèches : La Chine est une grande civilisation
immobile, même si elle bouge et s’ouvre de plus
en plus à l’Occident. Dans les rapports entre
l’homme et la nature, l’amour, la mort, le destin,
dans ce respect infini du passé et cette conscience
que la Chine, Empire du Milieu, est au centre du monde, de
fait, rien n’a changé. On est frappé,
en lisant les textes anciens, par la permanence des formules,
des comportements et des attitudes, pour ne pas parler des
superstitions, qui perdurent aujourd’hui. Dans un pays
qui a subi le choc du communisme, c’est proprement fascinant.
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Qu’est-ce qu’un
« disque de jade » ?
José Frèches : On appelle « Bi »
les disques de jade troués en leur centre, qui sont,
en fait, la représentation symbolique de l’Univers.
Les plus anciens Bi remontent à 2000 ans avant Jésus-Christ…
Le jade étant, de surcroît, la pierre de l‘immortalité,
les Bi rituels sont considérés, en Chine, comme
des sortes de reliques précieuses.
Parlez-nous de cette obsession
de l’immortalité qui hante plusieurs des principaux
personnages…
José Frèches : Le rêve de tout Chinois,
à cette époque, était de « vivre
dix mille ans de plus… », soit de devenir immortel.
Cette recherche de l’immortalité, qui est aussi
une volonté d’aboutir à la fusion totale
entre le corps humain et la nature, est un des fondements
du taoïsme, la religion la plus caractéristique
de la mentalité chinoise, une religion primitive extraordinaire
où la magie et les pratiques ésotériques
ont toute leur place. Un roi pouvait donc être, par
exemple, à la fois un tyran implacable et pragmatique,
ne croyant qu’à la force des armes, et s’adonner
à des pratiques ésotériques, et à
la prise de remèdes censés prolonger la vie,
tel un petit garçon attentif aux contes de fées…
Dans
cette grande fresque à la fois romanesque et historique,
les femmes ont un rôle réellement important :
est-ce du roman ou de l’histoire ?
José Frèches : Il ne faut pas oublier que tout
repose, en Chine, sur l’équilibre entre le Yin
et le Yang, soit entre le principe mâle et le principe
femelle. Nulle part, sans doute, les valeurs féminines
n’ont donc été à ce point exaltées
comme dans la civilisation chinoise, dès les origines.
En accordant dans ce roman une place aussi centrale aux femmes,
je n’ai fait que transposer cette incontournable donnée
dans cette histoire.
Simon Leys a écrit
: « Pour moi, la Chine, c’est un choix de vie
et non pas une profession. » Et pour vous ?
José Frèches : Pour moi c’est une passion,
et aussi la découverte que, derrière des différences
culturelles aussi essentielles que, par exemple, la notion
même du temps, l’âme humaine reste la même,
traversant le temps et l’espace. De ce point de vue,
les personnages du Disque de Jade paraîtront à
ses lecteurs, à juste titre, finalement très
proches de nous.
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